María Gabriela Medina Pineda

8 Gabriele Mediana ARAYA tete homme

Gabriela Médina est née au Venezuela, elle a commencé comme photographe freelance en 1982 où elle s’est fait remarquer par les plus grandes agences mais aussi par les grandes entreprises pour ses prises de vues originales et créatives dans des conditions parfois difficiles. Elle a travaillé pour l’industrie de la mode mais aussi pour la gastronomie et pour l’industrie.

Elle vit à Paris depuis 2011 où elle se partage entre son activité de freelance et son travail personnel.

 

Au cours de sa carrière Gabriela a réalisé plusieurs reportages comme la couverture de la placeTiananmen à Pékin en 1989 pour le New York Times et Life Magasine.

En 2009, Gabirela Median réalisait le reportage sur le village du sel , ARAY, présenté à Pont Ar Gler.

 8 Gabriela medina portrait“Mon attirance pour le village aride de Araya (situé au Nord/Est du Venezuela) et pour les personnes qui incarnent les « Visages de Sel » en particulier, remonte à mon enfance lorsque j’ai vu le documentaire de la cinéaste vénézuélienne Margot Benacerraf « Araya ». Déjà, à l’époque, ces images montraient la cruelle exploitation de ces hommes et de ces femmes.

Pour autant, les participants à ce documentaire ont été utilisés pour les besoins du film sans en retirer le moindre avantage et sont retombés dans l’oubli.

A travers ce travail, il s’agit pour moi de dénoncer l’abandon de ces travailleurs « laissés pour compte » et de mobiliser l’attention des visiteurs (de façon pacifique) pour la prise en compte de leurs droits.

Mon regard, à travers l’objectif, sur ces visages à la fois émouvants et pleins d’espoir(*), maintenant vieillards abandonnés de tous, permettra de réparer l’injustice commise à leur encontre durant tant d’années, en leur redonnant vie le temps d’une exposition avant qu’ils ne disparaissent.

C’est en cela que je souhaite leur rendre hommage en racontant leur histoire ; cette précieuse denrée si vitale pour l’homme, à l’origine du mot salaire ( « salarium » représentait la quantité de sel reçue par le soldat romain au paiement de son travail), ne leur a apporte que misère et douleur. De là, peut-être, l’image symbolique attribuée au sel, à la fois bénéfique et maléfique.

La force des « Visages de sel » réside dans le fait qu’ils ont garde la valeur spirituelle de ce précieux minéral qui leur a permis de renforcer les vertus de leur âme.

 HOMMAGE AUX VISAGES DE SEL Gabriela medina mains

Depuis toujours, les enfants des villages de Manicuare, Araya, El Ricón et Punta Araya ont marché sur le sol de sel des Salines d'Araya. La Lagune d’Araya fut délaissée par les Espagnols au cours de l'année 1762 quand ils comprirent que l'exportation de sel n'était pas rentable pour la Couronne espagnole. Ils se servirent de la main d’oeuvre d’Indiens et d’Africains pour exploiter ce précieux minéral. Depuis cette époque, les hommes issus de ce métissage furent marqués par son histoire.

Par la suite, ce sont des dictateurs comme Gómez et Marcos Perez Jimenez qui changèrent les visages de nos grands-pères et grands-mères, déjà marqués par le soleil, en des visages meurtris par la douleur et la souffrance dûes au travail réalisé dans la Lagune. 

De leurs pas fermes pour se rendre à la Lagune, ces hommes et ces femmes ont fini par construire des chemins à travers la route accidentée qui mène à Araya. Là, ces hommes se lançaient dans les eaux chaudes des salines pour commencer l’infatigable journée de travail, en plaçant sur leur tête des corbeilles de 64 kg chargées de sel. Défi de l'homme ou esclavage humain, pour arpenter ces pyramides de sel, lesquelles se formaient chaque fois que ces hommes versaient, du haut de leur tête, ces lourdes corbeilles remplies de sel avec comme maigre récompense une fiche dont la valeur monétaire représentait une misérable pièce de un “real”. 

gabriela medina 2 sac de selComment ne pas être indignés par le récit relaté de cette terrible exploitation : alors que ces hommes infatigables venaient péniblement d’atteindre le sommet de la pyramide, on leur faisait faire demi-tour pour le seul motif qu’ils n’avaient pas bien calculé le poids convenu des corbeilles. On ne leur reconnaissait pas la quantité de sel qu’ils venaient de déposer et pour les sanctionner, on la leur enlevait.  

Ces femmes, comme ces hommes, si dignes méritent un vibrant hommage. Ce sont les visages de Benito Salazar, Fortunato Salmerón, Efrain Pereda, José Ángel Pereda, Vidalina Patiño, Prisca Figueroa, Inocente Rivero, Aquilino Sotillez, Jorge Salmerón, Ursula Rivero, Beltrana Rivero, Victor Nuñez, Enrique Serrano y Agua Santa Hernández, les témoins encore en vie de ces hommes et ces femmes qui ont consacré les meilleures années de leur vie au travail dans les salines. Grâce à leur vécu et à leur sagesse, leurs paroles nous livrent ces expériences amères et en les voyant raconter leurs histoires, des larmes au goût de sel coulent de leurs  yeux.  

Aujourd'hui ils réclament justice, leurs voix s´étant évaporées dans les airs comme l'écume de la Lagune. Là, sont enfouis leurs souvenirs, leurs histoires et anecdotes, les marques de leur corps, leurs joies et bonheurs, transformés en tristesse au fil des années.

Redonnons la joie qui leur a éte volée car les « Visages de sel » symbolisent l'espoir et la vie des hommes et des femmes vivant dans les villages du sud de la péninsule d' Araya. “

Photographies de :Gabriela Medina

www.gabrielamedina.com

 

 

 

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